La mutation technologique
Le développement des plateformes numériques s’est accompagné d’un transfert progressif de nombreuses fonctions auparavant assurées par des professionnels vers des dispositifs dématérialisés.
Cette évolution, censée simplifier les démarches, a en réalité complexifié l’accès aux droits pour une partie importante de la population. Dans le cadre des missions du Compas, nous observons que les ménages les plus précaires utilisent bien plus fréquemment le numérique pour des démarches administratives (emploi, aides sociales, accès aux services publics par exemple) que le reste de la population qui l’utilise essentiellement pour la déclaration fiscale.
Depuis plus de dix ans, dans de nombreux services publics (Caf, Cpam, Impôts, France Travail), le numérique remplace progressivement l’humain (et encore plus demain avec l’intelligence artificielle).
le coût du numérique en question
Cette transformation soulève une question de fond : le coût du tout-numérique est-il réellement plus faible que celui d’un accompagnement humain ? Avec les dépenses liées aux logiciels, à leur déploiement, à leur maintenance ou à leur hébergement, l’économie réalisée mérite d’être interrogée.
Dans ce contexte, les CCAS ont joué un rôle pivot. Présents sur tout le territoire, ils ont assuré une fonction essentielle de médiation et d’accompagnement numérique auprès des publics les plus fragiles, souvent en lien avec d’autres structures comme les Maisons France Services.
Cette mission restera indispensable dans les années à venir car la réduction de la fracture numérique paraît illusoire à court terme.
En effet, le vieillissement démographique, les évolutions rapides des technologies ainsi que les difficultés persistantes d’une partie de la jeunesse à gérer ses démarches en ligne vont continuer à complexifier la situation. Sans compter que les coûts toujours plus élevés d’accès au numérique fragilisent le budget des ménages les plus modestes (équipements, abonnements, couverture réseau, etc.). Autant d’obstacles qui rendent l’accès aux droits loin d’être universel s’il se limite aux plateformes numériques.
Enfin, les conséquences économiques de cette exclusion numérique ne doivent pas être négligées.
À titre d’exemple, les prestations sociales représentent chaque mois près de 5,5 millions d’euros pour la ville de Niort (soit 60 millions par an). Si 20% de ces droits ne sont pas ouverts, c’est plus de 12 millions d’euros par an qui manqueraient à l’économie locale puisque ces ressources sont généralement immédiatement réinjectées dans les commerces de proximité (les prestations sociales n’étant que très marginalement thésaurisées).
L’enjeu de l’inclusion numérique ne relève donc pas seulement de la solidarité, mais aussi du développement local.
Pour les années à venir, les CCAS devront rester au cœur de cette mission d’accès aux droits, garante de cohésion sociale et de vitalité économique locale.
Pour aller plus loin
- Compas zOOm n°29 (29 septembre 2022) : Fracture numérique : identifier les besoins pour agir localement